24 - 08 - 2008
« Aux Basques de s’ouvrir » :Recueilli par Pierre Verdet
« Sud Ouest ». Vous êtes un véritable enfant du pays.Â
Christophe Hondelatte. Je suis né à Bayonne, j’y ai fait mes études secondaires et j’ai débuté à Radio Bayonne. J’ai habité trois ans à Saint-Jean-de-Luz, cinq ans à Biarritz, mais je suis revenu à Bayonne, où j’ai une maison. Cette ville est mon camp de base et j’y retourne autant que je peux, les week-ends et près de deux mois en été.
Pourquoi une telle passion ?
Ce que j’aime dans Bayonne, ce sont ses outrances. On fait trop la fête, on se couche trop tard, on parle et on fait de la musique trop fort, mais cette ville conserve son authenticité.
Elle peut paraître un peu en recul dans l’ensemble basque, par rapport à Biarritz notamment ?
J’adore Biarritz qui est plus cosmopolite, plus ouverte, plus fantaisiste et branchée, mais parfois un peu arrogante parce qu’elle sait qu’elle est belle et à la mode. Bayonne qui, elle, se regarde un peu le nombril, donne une dose de modestie à Biarritz. Entre les deux, la complémentarité est totale. Le must est de commencer une journée à Bayonne et de la finir à Biarritz.
Et Saint-Jean-de-Luz ?
La baie est un endroit extraordinairement beau, mais Saint-Jean est un univers à part. C’est une ville très populaire et très snob à la fois, repliée sur elle-même. Elle me fascine.
Le Pays basque est très à la mode. Ne risque-t-il pas d’être dénaturé ?
Je suis conscient de la flambée des prix, des difficultés que rencontrent les jeunes pour se loger mais, au-delà de ces problèmes réels, cette mode ne me fait pas peur. Le tourisme est une chance. Il nous évite de vivre repliés sur nous-mêmes. Le seul piège, ici, serait l’enfermement.
Vous voulez parler d’un repli nationaliste ?
Je hais le nationalisme basque. J’aime la culture basque. J’aime les cultures ouvertes qui se nourrissent des autres. Il faudrait mettre la culture basque sous cloche au moment où le monde est en pleine évolution ? Les jeunes doivent-ils se contenter de pas de danse historiquement millimétrés à l’époque du rap ? Non, aussi je suis heureux qu’il y ait des apports exogènes. Les gens qui arrivent font le pas vers la culture basque. Il revient aux Basques de s’ouvrir à eux.
Vous chantez et vous dansez vous-même ?
Je danse toujours le fandango et je chante au hasard des bistrots. Je faisais partie des ChÅ“urs basques de Paris. J’en suis parti, entre autres parce que ça consistait à chanter toujours la même chose.
Vous préférez un répertoire plus varié et une pratique plus libre ?
Mon grand bonheur de l’été, comme tous les gens qui ont une vie stressante en hiver, c’est de ne rien faire. Donc, je ne fais rien. Je me lève tard, je me baigne, je reçois des amis, je vais chez eux et je fais de la musique. Avec mon ami Nicolas Loupien, qui est pianiste, nous chantons trois à quatre heures par jour du jazz et des variétés françaises. C’est pour notre seul plaisir, mais peut-être qu’un jour nous en ferons un petit spectacle pour les copains.
En parlant de fêtes, ne pensez-vous pas que celles de Bayonne sont un peu victimes de leur renommée ?
Non. Dès que l’on vient bousculer l’espèce d’entre soi que l’on cultive ici comme des rosiers, je dis : tant mieux. Parmi tous ces gens venus de l’extérieur qui se déguisent en Basques, il y a des personnes extrêmement sympathiques. Des filles à draguer et des mecs à marier. On ne peut continuer à considérer, en 2008, qu’au Pays basque on va continuer à épouser la fille du voisin pour garder le bout de champ où l’on fera construire la maison derrière celle des parents.
Certains avancent ici que les incidents des fêtes viennent des personnes de l’extérieur.
J’exècre par-dessus tout ce procès fait aux étrangers. J’ai des copains basques qui, à 40 ans passés, continuent de mettre des coups de poings et des coups de tête. Moi aussi j’ai fait des conneries aux Fêtes de Bayonne. C’est normal quand on est saoul. Alors, arrêtons de raconter que ce sont de pauvres gamins arrivant de Dordogne ou de Nîmes qui foutent le bordel.
Alors, quel est votre message, à quelques jours des fêtes ?
Quand vous croisez des gens qui ne sont pas d’ici, essayez de les intégrer dans votre bande d’amis. Emmenez-les dans les bons endroits pour manger, boire et chanter. Si au lieu de rester entre connaissances, chaque Bayonnais faisait un pas vers un nouveau venu, il y aurait moins de problèmes. Mais, ici, il n’y a pas cette culture de l’accueil.
C’est assez paradoxal dans une région qui vit pour une bonne part du tourisme.
Il y a ici, comme dans toutes les régions à forte identité, un rapport au tourisme assez utilitariste. Le touriste amène de l’argent, et à aucun moment on ne considère qu’il peut apporter autre chose. Mais il ne faut pas caricaturer. Il y a beaucoup de gens formidables.
C’est quoi, pour vous, une journée idéale dans le rituel bayonnais ?
L’hiver, aller prendre l’apéro le samedi au marché chez Pantxo, refaire le monde en buvant du tariquet, manger au Saloon en face de l’Aviron, assister au match de rugby et terminer au Caveau à Biarritz, à 6 heures du matin. L’été, je joue plus à domicile.
Sud-Ouest


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