Liberté de la presse en Algérie.
Depuis une quinzaine d’années, la presse libre algérienne mène une lutte acharnée pour la défense de la liberté d’expression, mère de toutes les libertés. Pendant près d’une décennie, elle a eu à s’opposer frontalement au terrorisme intégriste et aux forces de l’intolérance et de l’obscurantisme. Elle y laissera environ quatre-vingts parmi les siens (entre journalistes et assimilés), fauchés à la fleur de l’âge, parce qu’ils ont dénoncé les discours rétrogrades, le fascisme et la violence dévastatrice. Les journalistes en Algérie sont une petite population qui n’excède pas les deux ou trois milliers d’âmes. Que quatre-vingts parmi eux soient froidement assassinés, c’est énorme. Malgré le danger permanent, les femmes et les hommes qui composent la profession n’ont jamais cédé aux diktats. Hélas pour la démocratie, l’ennemi intégriste n’était pas l’unique adversaire. Le pouvoir politique ne s’est jamais résigné à l’existence d’une presse plutôt frondeuse et résolument déterminée à défendre les acquis démocratiques, laborieusement arrachés par le peuple algérien. La cohabitation presse-pouvoir ne sera jamais simple. Les dirigeants qui se sont succédé à la tête du pays proviennent quasiment tous du parti unique. De ce fait, ils n’arrivent pas à se départir de certains comportements pour le moins autoritaires. La presse sera prise en tenailles entre des terroristes islamistes, qui voulaient liquider physiquement ses composantes, et des pouvoirs publics, qui voulaient et veulent toujours la museler par le truchement d’une justice aux ordres et de services de sécurité terriblement efficaces lorsqu’il s’agit de réprimer les libertés. Le Rubicon sera franchi avec l’arrivée au pouvoir de l’actuel président, M. Bouteflika. A peine arrivé aux affaires, il déclarera publiquement et à maintes reprises son hostilité à la presse privée algérienne. Dès lors, il s’attachera à la déstabiliser et à la harceler. Des procès en cascade pour de fausses affaires de diffamation, des convocations à répétition, la révision à la hausse des condamnations au pénal, rien n’est laissé au hasard. Le pic sera atteint l’été 2003 avec la suspension de six grands quotidiens privés, pour non-paiement de dettes imaginaires. Face à cette situation, la presse libre fait front avec l’appui des forces démocratiques que compte le pays. Mais le pire était à venir. Fort de sa réélection le 8 avril 2004, M. Bouteflika va faire monter de plusieurs crans la répression contre la presse indépendante et il fera ce que ses prédécesseurs n’ont pas osé faire : jeter des journalistes en prison !!! A une semaine d’intervalle, Ghoul Hafnaoui, correspondant à Djelfa (ville du centre du pays située à 300 km d’Alger) du quotidien El Djazaïr News et représentant local de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme, et Mohamed Benchicou, directeur du quotidien Le Matin, sont condamnés, au terme de simulacres de procès, à deux mois de prison ferme pour le premier et deux années fermes pour le second. Face à l’arbitraire, la corporation des journalistes a décidé de serrer les rangs et de se mobiliser non seulement pour la libération des journalistes emprisonnés, mais également pour amplifier le combat pour la liberté d’expression. C’est dans ce contexte qu’a été mis sur pied le Comité pour la libération des journalistes emprisonnés. A travers son site, Comité pour la libération des journalistes Hafnaoui Ghoul et Mohamed Benchicou, la presse libre algérienne se propose de dialoguer avec tous ceux qui, à travers le monde, sont préoccupés par la défense des libertés. Ce faisant, ils auront la possibilité de connaître une expérience tout à fait originale et inédite dans nos contrées.
Mots-Clé : Algérie, Liberté de la presse, Bouteflika

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